LUBRIFIANTS-REFRIGERANTS SANS FORMALDEHYDE
Intéressant pour le producteur ou l’utilisateur?
Des études ont constaté de manière incontestable que l’acide borique et le(s libérateurs de) formaldéhyde étaient notamment néfastes pour l’environnement et la santé de l’homme. A plus long terme, ces substances peuvent, en effet, provoquer le cancer. A partir du 1er décembre 2018, les producteurs de lubrifiants-réfrigérants aqueux, où ces substances sont utilisées, seront donc obligés d’étiqueter ces produits plus lourdement. En vue de cette obligation, les producteurs ne sont pas restés les bras croisés et ont développé diverses alternatives. Des avancées demandant également l’attention de l’utilisateur final.

Les lubrifiants-réfrigérants sont composés d’un grand nombre de substances différentes contribuant chacune aux propriétés souhaitées du produit. Il s’agit ici du pouvoir réfrigérant et lubrifiant, mais p.ex. aussi de la conservation de ces produits et dilutions finales. Celle-ci dépend e.a. de la mesure dans laquelle les bactéries peuvent proliférer. Des substances comme le formaldéhyde et l’acide borique sont donc ajoutées depuis toujours à ces lubrifiants-réfrigérants, détruisant les bactéries ou les chassant et les rendant inoffensives. D’excellentes propriétés pour le produit – l’acide borique protège aussi de la rouille et contribue à la stabilisation du taux d’acidité – mais un danger pour la santé de l’homme.
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Les producteurs de fluides pour l’usinage de métal sont confrontés depuis des décennies à une législation de plus en plus stricte concernant les composants principaux qu’ils utilisent. Dernière nouveauté: à partir du 1er décembre 2018, les fournisseurs travaillant avec certains biocides libérant du formaldéhyde devront classifier ces produits.
QUESTION DE SANTE
Des études scientifiques ont p.ex. révélé que le formaldéhyde était cancérogène et que l’acide borique pouvait provoquer diverses réactions allergiques. Sur la base de ces résultats, le formaldéhyde a été classifié par l’ECHA (Agence européenne des Produits chimiques à Helsinki) comme ‘cancérogène’ et se retrouve ainsi dans le groupe des substances CMR.
CMR signifie Carcinogenic, Mutagenic, Toxic to Reproduction, soit cancérogène, mutagène (altération de l’ADN) et reprotoxique. Les substances sont également classifiées sous SVHC (Substance of Very High Concern, ou: extrêmement préoccupantes et mauvaises pour la santé). Cette classification est notamment utilisée dans le REACH initié par l’ECHA, pour classer les substances dangereuses pour l’homme et l’environnement de telle manière que le risque de dommages pour l’environnement et la santé soit ramené au minimum.
La législation s’appliquait dans un premier temps aux substances dont un producteur produit chaque année plus de 100 tonnes, mais depuis le 1er juin 2018, elle s’applique aux quantités de production à partir de 1 tonne. Cela signifie que les producteurs concernés doivent enregistrer ces substances et informer complètement leurs acheteurs des risques pour la santé et l’environnement liés au stockage, à la manipulation, à l’utilisation et à l’évacuation de la substance en question. Dans la pratique, cela implique que tous les producteurs de lubrifiants doivent depuis cette date satisfaire au règlement REACH.
ETIQUETAGE PLUS STRICT
Mais pour le formaldéhyde et les libérateurs de formaldéhyde, cela ne s’arrête pas là. Outre l’enregistrement et l’information, il est aussi question dans le REACH d’autorisation. Les substances dangereuses pour l’homme ou l’environnement sont couplées à des mesures de gestion éventuelles ou – dans le pire des cas – à une interdiction d’utilisation. Pour les deux substances qu’on vient de mentionner, les Pays-Bas et la Belgique n’en sont pas encore à l’interdiction (en France, c’est bien le cas et aux Pays-Bas, cela le sera – apparemment – à partir de 2023), mais l’indication sur l’emballage devient nettement plus stricte, comme cela est aussi repris dans le règlement CLP.
Concrètement: en raison de la reclassification, les lubrifiants contenant un certain (faible) pourcentage de ces substances seront étiquetés à partir de décembre 2018 conformément aux illustrations de droite. Le symbole de gauche représente les substances GHS-08 (nocives pour la santé) et le second symbole les substances GHS-07 (nocives). GHS est l’abréviation de Globally Harmonised System of Classification and Labelling of Chemicals.
- Les produits GHS 08 peuvent causer des dommages à terme, par exemple à la suite d’une hypersensibilité en cas d’inhalation, mais aussi en raison des propriétés cancérogènes et du risque de pneumonie chimique en cas d’ingestion du produit concerné. Ce symbole est surtout important à prendre en considération, car les effets ne se remarquent pas directement, mais peuvent nuire à la santé à plus long terme.
- Les produits GHS 07 sont considérés comme ‘nocifs’. Ici, le symbole fait surtout office d’avertissement, notamment pour une irritation cutanée et oculaire ou un effet narcotique (stupéfiant) temporaire.
ALTERNATIVES
La législation REACH adaptée n’a pas uniquement des conséquences pour les manipulations que les producteurs doivent effectuer avec les produits existants. Il est plus important qu’ils comprennent bien pourquoi cette législation est devenue plus stricte et qu’ils réagissent en abordant ces substances complètement différemment lors du développement de nouveaux produits. Autrement dit: il est préférable de ne plus utiliser ces substances et de chercher des alternatives.
Henry van Haeff (2S Service & Specialties): “Ici, vous avez en gros trois choix différents. Vous pouvez simplement éliminer les substances de vos produits et accepter que le lubrifiant-réfrigérant soit ainsi moins biostable, vous pouvez opter pour des substances alternatives comme bactéricide, mais vous êtes aussi en mesure de redévelopper vos produits en utilisant de nouvelles technologies pour garantir la biostabilité.”

Elimination
Si les producteurs décident d’éliminer l’acide borique et le formaldéhyde de leurs produits, ils acceptent en principe la stabilité moindre et donc la durée de conservation plus courte. L’avantage de cette approche: une solution relativement simple et bon marché. Mais pour l’utilisateur, cela signifie qu’il doit prendre des mesures pour maintenir la qualité du lubrifiant-réfrigérant à niveau le plus longtemps possible. Par exemple en investissant dans des solutions contre la prolifération de bactéries, comme un ‘skimmer’ pour éliminer l’huile de fuite. Des contrôles périodiques plus nombreux contribueront aussi à la surveillance de la qualité de l’huile et ainsi à sa conservation. Il est, enfin, possible d’ajouter d’autres additifs tuant les bactéries, mais l’utilisateur final se retrouve ainsi probablement au point de départ pour ce qui est des aspects techniques liés à la santé.
Substances alternatives
Dans le cadre de la recherche de toutes sortes d’alternatives à l’acide borique et au formaldéhyde, on constate dans la pratique que les producteurs arrivent à des substances qui sont finalement toujours mauvaises pour la santé et agressives.
Henry van Haeff: “Il existe, par exemple, de nombreux conservateurs utilisés dans les cosmétiques, mais aussi utilisés régulièrement dans les lubrifiants-réfrigérants. Ces substances font partie du groupe des ‘isothiazolinones’. Ce qui est particulier, c’est que ces substances ont certes été approuvées, mais peuvent tout de même provoquer des réactions allergiques. Le RIVM (Rijksinstituut voor Volksgezondheid en Milieu) a constaté que même 23% des sujets connaissaient des troubles lors de l’exposition à ces substances. En bref: selon le règlement REACH, vous pouvez utiliser ces substances dans les lubrifiants-réfrigérants, mais vous risquez encore que des collaborateurs développent des réactions allergiques, par exemple une allergie de contact. De l’eczéma ou des ampoules peuvent alors se former.”
Nouvelles technologies
La meilleure solution consiste donc à développer de nouvelles technologies ne nécessitant absolument plus l’utilisation de bactéricides. Castrol a notamment composé des produits ne contenant ni acide borique, ni biocides, ni liaisons libérant du formaldéhyde. Cela vaut également pour l’entreprise Quaker Chemical.
Johan Hooijman, directeur du département R&D mondial de Quaker: “Dès qu’on a su que les substances sont nocives, notre entreprise s’est mise à chercher des alternatives. Une offre complète a ainsi été développée pour divers usinages par enlèvement de matière de métaux ferreux comme non-ferreux. La technologie chimique appliquée est tout à fait différente de celle que nous utilisions pour les produits contenant de l’acide borique et du formaldéhyde, mais l’application est finalement quasiment la même. L’avantage pour l’utilisateur, c’est qu’il peut en principe passer simplement aux nouveaux produits sans prendre de mesures dignes d’être mentionnées.”
Henry van Haeff: “Lorsque vous optez pour de nouvelles technologies, vous tentez de créer dans le réfrigérant un climat où les bactéries, les moisissures et les levures ne peuvent simplement plus se développer. Vous choisissez dès lors une valeur pH tellement élevée (basique) que cet effet est atteint sans risque de dégraissage et d’irritation de la peau. Outre la bio-stabilité souhaitée, le taux d’acidité plus élevé comporte d’autres avantages comme un meilleur rinçage possible. Il y a donc à nouveau des effets secondaires pour l’utilisateur final, mais ici, ils sont positifs.”