La prévention des troubles ergonomiques commence dès la phase de conception
Un travailleur qui soulève quotidiennement des tôles lourdes ou qui travaille pendant des heures dans la même posture court le risque de développer des troubles physiques. Mais à qui incombe la responsabilité? Selon Roeland Motmans, de l'association d'ergonomie VerV, celle-ci revient en premier lieu à l'employeur. En effet, l’ergonomie ne commence pas par l’apprentissage d’une posture de travail correcte, mais dès la conception et l’achat des machines et des lignes de production.
Le travail pénible fait-il partie du métier?
Soulever des charges, effectuer des tâches répétitives et rester debout de manière prolongée sont une réalité quotidienne dans de nombreuses entreprises de transformation des métaux. Pensons notamment au déplacement de tôles métalliques lourdes, à l'assemblage de pièces ou à l'exécution de travaux répétitifs de soudage et de montage. Selon Roeland Motmans, quatre facteurs de risque déterminent la charge physique à cet égard: la durée, l'intensité, la posture de travail et les conditions dans lesquelles le travail est effectué.
"Dans un contexte de pression sur les coûts et de concurrence, les entreprises ne sont pas très enclines à réorganiser complètement leurs processus de travail"
Pourtant, cette contrainte est encore considérée comme la chose la plus normale au monde. "Le fait de soulever des charges lourdes est perçu comme faisant tout simplement partie du secteur", explique Motmans. "Et dans un contexte de pression sur les coûts et de concurrence, chaque euro compte, ce qui fait que les entreprises ne sont pas très enclines à réorganiser complètement leurs processus de travail ou à investir dans des aides ergonomiques."
L’ergonomie commence dès la phase de conception
Selon Motmans, l’ergonomie n’est encore trop souvent abordée que lorsque les travailleurs souffrent déjà de troubles ou qu'un poste de travail cause des problèmes physiques. Pourtant, de nombreux risques peuvent déjà être limités lors de la conception.
"L’ergonomie est avant tout une discipline de conception. Lors de l’achat d’une machine ou de l’aménagement d’une nouvelle ligne de production, il faut donc déjà réfléchir à la charge physique que le travail peut engendrer", affirme Motmans.
Les entreprises peuvent par exemple comparer différents concepts au préalable et même les tester à l'aide de maquettes d'essai simples. Pour rendre cet exercice plus accessible, la VerV a développé l'outil en ligne 'Ergoscore'. Celui-ci accompagne pas à pas les entreprises et les conseillers en prévention dans l’évaluation des risques ergonomiques, même sans connaissances préalables approfondies.
En impliquant principalement les conseillers en prévention dans ce processus, on identifie plus rapidement les gestes contraignants et les pistes d’amélioration. Cela permet ainsi de prévenir les problèmes ergonomiques avant même qu’un poste de travail ne soit effectivement mis en service.
"L’employeur joue un rôle important à cet égard", précise Motmans. Depuis la mise à jour de la législation belge en matière d’ergonomie en 2024, il doit également tenir compte des risques ergonomiques lors de la conception et des modifications des postes de travail. Motmans fait ici référence à la procédure des 'trois feux verts', qui consiste à évaluer la prévention lors de la commande, de la livraison et de la mise en service des équipements de travail.
Cette approche demande peut-être davantage de préparation au départ, mais elle permet d’éviter par la suite des modifications chronophages, des troubles physiques et des coûts supplémentaires. De plus, l’ergonomie ne concerne pas uniquement la santé, mais aussi la qualité et l’efficacité de la production.
Les troubles physiques restent fréquents
Les chiffres cités par Motmans montrent également que la prévention reste importante. Selon une étude belge, 79 % des travailleurs ont régulièrement signalé des troubles physiques au cours de l'année écoulée, notamment au niveau du dos, de la nuque, des épaules ou des membres.
Bien que tous ces troubles ne soient pas nécessairement causés par le travail, ces chiffres soulignent néanmoins, selon Motmans, l’importance d’une analyse approfondie des facteurs de risque liés au travail.
Pour les entreprises du secteur métallurgique, cela engendre des défis supplémentaires. Les travailleurs qui reprennent le travail après une période de troubles physiques ne sont souvent pas en mesure de reprendre immédiatement les mêmes tâches pénibles. Un travail adapté temporairement et une alternance suffisante entre les tâches légères et les tâches lourdes peuvent aider à organiser progressivement ce retour au travail.
Mais pour cela, les entreprises doivent proposer une diversité suffisante de tâches et former leurs travailleurs à un éventail plus large de compétences. En effet, l’objectif n’est pas que les collègues prennent constamment en charge toutes les tâches pénibles et finissent pas se retrouver eux-mêmes en surcharge physique.
L’automatisation comme solution?
Dans le secteur métallurgique également, l’automatisation offre des opportunités pour réduire la charge physique. Aujourd’hui, les robots peuvent déjà prendre en charge les mouvements répétitifs ou les manipulations exigeant une force élevée. Et selon Motmans, l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies peuvent encore étendre ces possibilités. "L’influence la plus importante sur l’ergonomie ne viendra peut-être pas des ergonomes eux-mêmes, mais des ingénieurs qui travaillent sur l’automatisation."
C’est surtout dans les environnements de production très variés qu’il voit des opportunités. Alors que les robots traditionnels sont principalement adaptés pour effectuer chaque fois des mouvements identiques, l’IA peut aider à reconnaître des pièces changeantes et à adapter les mouvements ou la force de préhension en conséquence. Cela permet également d’envisager l’automatisation de tâches moins standardisées.
"Lorsque l’automatisation échoue, l’intervention humaine devient d’autant plus importante et complexe"
Motmans met toutefois en garde contre ce qu’on appelle le 'paradoxe de l’automatisation'. "À mesure que les machines prennent en charge davantage de tâches, les travailleurs effectuent moins souvent ces opérations eux-mêmes. Lorsque l’automatisation échoue, leur intervention devient d’autant plus importante et complexe", conclut-il.
Mieux vaut prévenir que guérir
Selon Motmans, le développement continu des robots et de l’IA aura une influence majeure sur l’ergonomie dans les entreprises de production au cours des prochaines années. Des techniques telles que la vision par ordinateur, qui utilise des images de caméra pour analyser numériquement les postures de travail, peuvent également rendre les analyses de risques plus précises et plus accessibles.
Le message principal pour les entreprises métallurgiques reste donc que l’ergonomie ne doit pas être une simple correction après coup. Mais en impliquant les travailleurs, les conseillers en prévention et les technologies numériques dès la phase de conception, les employeurs peuvent s’attaquer aux contraintes physiques à la source. Cela permet non seulement de prévenir les troubles physiques, mais peut également contribuer à une production plus efficace et à maintenir les travailleurs en bonne santé plus longtemps au travail.
Octobre, Mois de l’ergonomie
Comme le veut la tradition annuelle, octobre est le Mois de l’ergonomie. Cette année (2026), la VerV attire l’attention tant sur la surcharge physique que sur la sous-charge physique. Alors que les travailleurs du secteur industriel effectuent souvent un travail physique intense, les employés de bureau ont généralement une activité physique insuffisante. Rester assis toute la journée et bouger peu n’est donc pas une bonne idée non plus.
Afin de mieux mettre en lumière cette problématique, la VerV a lancé la campagne 10-10-10. À 10 heures, 10 minutes d’activité physique. Par ailleurs, l’association organise divers webinaires ainsi que le congrès annuel sur l’ergonomie, le 20 octobre, où seront également abordés les thèmes de l’ergonomie dans l’industrie et des nouvelles technologies.