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“NOUS AVONS LES ATOUTS POUR ATTIRER TESLA EN FLANDRE"

Interview avec Peter Demuynck, nouveau directeur d'Agoria Vlaanderen

Le roi est mort, vive le roi! Depuis le premier janvier, un nouveau directeur trône à la tête d'Agoria Vlaanderen: Peter Demuynck. Ayant notamment travaillé au sein de l'entreprise IT américaine Comshare et de la firme autrichienne Omricon, pour laquelle il a dû lancer les activités américaines à Houston, le nouveau capitaine accorde énormément d'importance au développement et au rayonnement internationaux de notre industrie. Afin d'éviter tout malentendu: Wilson De Pril se porte à merveille. Il va profiter d'une retraite bien méritée. Nous lui souhaitons le meilleur!

Dans sa dernière interview, Wilson De Pril soulignait qu'il restait du pain sur la planche au niveau de l'Enseignement 4.0. Il souhaitait également quele gouvernement flamand accélère les choses pour son programme 'Radicaal Digitaal'. S'agit-il là aussi de vos fers de lance?
Peter Demuynck: “La crise financière avait quelque peu ravivé l'intérêt pour l'industrie de fabrication, au niveau du grand public comme du monde politique. Cette flamme s'est à présent à nouveau éteinte et cela est regrettable vu l'énorme intérêt économique et social de l'industrie pour la Flandre. C'est, en effet, l'industrie de fabrication qui apportera des réponses aux problématiques actuelles majeures comme la sécurité, la santé, la mobilité et l'environnement. Encore trop peu de gens en sont conscients.
L'industrie de fabrication traîne à tort derrière elle une image sale et ringarde. Il faut y remédier au plus vite. L'une de mes priorités consistera donc à veiller à ce que l'industrie soit plus appréciée à sa juste valeur. Sinon, l'afflux de profils jeunes et techniques risque d'être compromis.
Non seulement nos entreprises mais également les autorités doivent, en outre, miser lourdement sur la digitalisation dans le cadre de l'innovation. Des projets ambitieux liés à la mobilité intelligente ou à un problème de santé sur la base de méga-données, collectées par des smart watches ou d'autres gadgets devant parfois encore être développés, boosteraient énormément l'industrie."

Un climat (plus) favorable aux entreprises ne serait-il pas d'abord nécessaire pour ancrer l'industrie en Flandre?
Peter Demuynck: “Il y a toujours un fossé salarial entre nous et les pays concurrents, mais nous sommes en train de le combler. Nous continuerons néanmoins d'insister auprès des autorités pour réduire plus les coûts en général car il s'agit par exemple aussi du prix pour l'énergie. Nous continuerons aussi de nous battre pour une simplification de l'impôt sur les sociétés, devant idéalement passer à un niveau d'environ 20%. Une tâche importante d'Agoria consiste aussi, selon moi, à faciliter l'entrepreneuriat international via des clubs spécifiques construits autour de secteurs bien délimités, comme le food process pour ne citer qu'un exemple. La mesure dans laquelle vous comptez sur le plan international est un indicateur de la santé du secteur ou d'une économie. Dans ce sens, le fait que 50% de l'exportation flamande soient portés au compte de l'industrie technologique est source de satisfaction."

Pouvons-nous rêver d'une usine Tesla en Flandre ou les cartes ne sont-elles pas encore suffisamment bonnes pour cela?
Peter Demuynck: “La Flandre dispose de personnes très compétentes avec un grand savoir-faire. Nous sommes également forts dans la recherche et le développement, même si la recherche universitaire est, selon nous, notamment actuellement encore trop peu basée sur la demande. Mais c'est une autre affaire. Si les autorités font en sorte que nous devenions plus compétitifs en matière de fiscalité et de coûts, nous pourrons donc avancer assez bien d'atouts. Dans le cas spécifique de Tesla, nous avons un avantage historique supplémentaire: les automotive value chains sont bien développées et ce qui pourrait finalement être déterminant nous sommes au top dans le domaine de la production de batteries. Tesla nous a en tout cas confirmé que la Flandre figurait sur sa liste de candidats."

Devons-nous absolument tenter d'attirer des multinationales dont nous entendons qu'elles accordent souvent peu de marge à leurs sous-traitants et pouvant, en outre, se retirer à tout moment?
Peter Demuynck: “Je trouve qu'il s'agit là d'un raisonnement perfide. Bien que les multinationales génèrent des milliers d'emplois, stimulent l'innovation et créent une importante valeur ajoutée, il ne faudrait pas les attirer parce qu'il y a un risque qu'elles repartent finalement ailleurs. Non, il ne fait aucun doute qu'elles sont une bénédiction pour une économie. J'ai par ailleurs l'impression que la relation entre les multinationales et leurs sous-traitants est en train de changer et évolue vers un partenariat. Les méga-données jouent ici un rôle."

Méga-données, vous en parlez vous-même. Nous en arrivons ainsi vite à l'Industry 4.0, le phénomène du moment. Qu'est-ce que ce concept peut apporter concrètement à l'industrie de fabrication?
Peter Demuynck: “D'abord ceci: les entreprises n'ont pas le choix, elles doivent sauter dansce train et dans celui de nos transformationssi elles veulent survivre à long terme. Certes pas tout dans une même mesure, mais il faut au moins être ouvert à des tendances comme la digitalisation, le travail économe en énergie, la réponse flexible aux désirs du client, la human centered production, ... Cette mentalité est indispensable. Je tiens par ailleurs à souligner que dans les entreprises ayant reçu notre label 'usine du futur' l'emploi a augmenté de 21%! Pour en revenir à votre question: je m'attends à ce que l'Industry 4.0 génère un mouvement du produit vers le service. Le client pourrait ainsi décider, sur la base d'un flux d'informations partagées, d'aboutir à un produit plus personnalisé. Le lien entre le client et le sous-traitant sera ainsi plus étroit. Celui travaillant selon les principes de l'Industry 4.0 gagnera en tout cas en efficacité et consommera aussi moins de matières premières."

Comment voyez-vous le travail d'opérateur évoluer? L'Industry 4.0 implique, en effet, une révolution digitale avec des processus de plus en plus complexes.
Peter Demuynck: “L'automatisation a repris les opérations lourdes et répétitives de l'opérateur. C'est une bonne chose. On a aussi bourré des commandes CNC de connaissances qui résidaient avant chez les opérateurs. En raison de ces deux évolutions, un opérateur aura besoin d'autres compétences. D'où l'importance de l'apprentissage continu et du recyclage, mais cela ne suffit pas. Agoria réclame une réforme de l'enseignement avec un programme d'études revu en profondeur, mais en conservant des profils bien délimités car nous continuons d'avoir besoin d'une large palette de profils."

Comment garder nos travailleurs expérimentés plus longtemps au travail?
Peter Demuynck: “On trouve déjà de bons exemples sur le terrain, par exemple chez Picanol. L'expertise des travailleurs expérimentés y est exploitée de manière optimale en les employant pour le développement de prototypes et de configurations de test et plus à des lignes où tout est basé sur le temps. Indépendamment de cela, je pense que ce serait mieux si nous tendions comme aux Pays-Bas ou en Suède plus vers un nivellement linéaire de l'échelle des salaires à la fin d'une carrière."

Miser sur de nouvelles tendances comme l'Industry 4.0 et l'impression 3D exige audace et vision. Sont-elles suffisamment présentes en Flandre ou sommes-nous trop conservateurs?
Peter Demuynck: “La Flandre regorge d'entrepreneurs motivés innovant pleinement. Non moins de 70% de l'innovation totale viennent de nos entreprises et nous figurons ainsi parmi les meilleurs d'Europe. Audace et vision ne font donc pas défaut à nos entreprises. Elles pourraient seulement parfois réfléchir de manière encore plus stratégique au modèle commercial. Il est surtout important que des choix soient faits. Que vous décidiez de vous spécialiser ou de proposer un concept total, les entreprises en difficulté sont souvent celles n'ayant pas de ligne claire."

Enfin: quelles grandes tendances l'avenir réserve-t-il selon vous à l'industrie?Peter Demuynck: “A l'heure actuelle, nous distinguons dans l'industrie trois types d'entreprises: les entreprises ICT, les entreprises de fabrication et les prestataires de services purs. Ces limites s'estompent déjà et vont continuer de le faire. Aujourd'hui, des entreprises de fabrication intègrent déjà pleinement des systèmes ICT dans leur production et l'essor des méga-données poussera les entreprises de fabrication vers les prestataires de services.A terme, il ne sera probablement plus question que d'une seule grande nouvelle industrie avec une forte interaction entre les différentes divisions. Chez Agoria, nous utilisons le terme anglais de Digital Business Industry. Nous cherchons encore un bon équivalent en néerlandais. Si vous avez des idées ..."

Données Peter Demuynck personnelles

• 18/07/1967Bruges

• FormationSciences Economiques

• Appliquées (Ufsia, 1988-1991)

 • MBA

 • (City, University of London, 1995-1996)

 • Expérience: Comshare OmicronFlanders Language ValleyK.U. Leuven/Groep TAgoria International Business

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